Questions à Etidel Fadhloun Barboura à propos du débat public sur le « voile »

Etidel Fadhloum Barboura est doctorante, elle est impliquée. dans le processus démocratique tunisien, elle se veut franco-tunisienne. Elle est membre de la LDH.

Le débat public concernant la laïcité s’est focalisé depuis la loi de 2004 sur la question du foulard et du vêtement des femmes. La question du vêtement « religieux » n’était pourtant pas une préoccupation centrale pour les fondateurs de la laïcité ; ils refusèrent par exemple de légiférer sur une interdiction de la soutane …et la loi de 1905 fondait la liberté d’expression religieuse et de culte.

Par ailleurs, laïcité et féminisme s’inscrivent dans des histoires non synchrones : droit de vote, égalité des sexes, autonomie juridique de la femme mariée sont loin d’être contemporains de la loi de séparation, et la République s’est longtemps accommodée  bien à tort de ces inégalités et d’une conception hiérarchisée  des rapports hommes/femmes. L’avancée vers l’égalité hommes/femmes  devait elle pour autant conduire à renvoyer dans l’espace de l’intimité la liberté d’expression religieuse des femmes musulmanes au nom de leur émancipation ?

La focalisation sur « le voile » n’a fait que s’accentuer depuis 2004, en se développant autour d’une thématique de l’émancipation et le débat public se noue  à l’affirmation que l’Islam n’est pour les femmes que synonyme de « soumission ».

  • Questions :

1 –  Je suis personnellement très sensible aux trous de mémoire coloniaux et l’arrière-plan colonial de la question du voile  me semble ne pas devoir être ignoré. Je pense à la campagne du 5° bureau d’action psychologique en Algérie entre 1957 et 1960, et en particulier à l’affiche de propagande « N’êtes-vous donc pas jolie ? dévoilez-vous! » Ma première question porte sur la passion qui accompagne depuis plus de 50 ans le regard du public français sur la femme arabe, et sur la prétention à la libérer, ainsi que sur les enjeux liés à l’ambivalence de ce regard.

Je relève trois mots importants dans la question et qui semblent « interdépendants » dans leur perception globale : Colonisation, Femme arabe et Liberté.

La question du voile ne concerne pas les femmes arabes mais les femmes musulmanes, cette ambiguïté sémantique semble être happée par les deux autres mots, qui sont Colonisation et Liberté. Pourquoi devrions-nous lier systématiquement la femme arabe à la femme musulmane ?  et pourquoi lier la libération de la femme musulmane aux formes d’émancipation et de libération de la femme occidentale ? N’est-ce pas au contraire une possible forme d’émancipation  des femmes musulmanes  « conscientes » et « consentantes » qui évoluent tout simplement avec leur Histoire et leur mémoire? Pour le sens commun, la liberté s’oppose à la notion d’enfermement ou de séquestration. Dans les grands champs disciplinaires,  la liberté est une notion majeure : elle marque l’aptitude des individus à exercer  leur volonté selon l’orientation politique des discours tenus. D’un point de vue négatif,  on pointe l’absence de soumission et de contrainte et en formulation positive, on affirme l’autonomie et les comportements volontaires. En conséquence, il devient absurde d’affirmer qu’une femme qui porte le voile est une femme soumise, a fortiori lorsque ce choix émane de sa propre volonté. Les formes de soumission chez les femmes sont multiples et variées selon l’angle de vue que l’on adopte. Pour ma part, je conçois bien plus la soumission de la femme dans sa contrainte à devoir se dévêtir pour réussir en société que dans son choix et sa liberté à se « sur vêtir », c’est un point de vue personnel dont je suis convaincue sans pour autant y défendre une forme de féminisme ou d’islamisme.

2 – Il s’agit donc de la part du législateur français d’affirmer de lois en lois son œuvre de « libération de la femme ». Cette prétention s’appuie sur l’affirmation que le port du voile est toujours le fruit de la volonté d’occultation du corps des femmes par les hommes. Ma question : les femmes que tu connais  en France et qui portent un voile le portent elles dans cette posture de soumission ?

Absolument, pas ! Toutes celles que je connais et que nous avons eu l’occasion d’inviter pour la journée de la femme sont dans une posture complètement inverse. Elles sont conscientes et consentantes de leur propre choix de vie. Pour moi elles sont libres et heureuses ainsi. La seule contrainte et soumission qu’elles vivent sont liées aux lois françaises. Elles ont le sentiment d’être rejetées, persécutées psychologiquement. Le paradoxe du pays des Droits de l’Homme!

3 – Tu te penses comme franco-tunisienne ; quand nous invitons à un peu plus de prudence les politiques qui prétendent émanciper par la loi, on nous objecte l’exemple historique de la Tunisie. Ma question : qu’en est-il de cette comparaison entre les deux pays au regard du statut et du droit  des femmes ?

Le code du statut personnel tunisien a donné une place inédite à la femme tunisienne (abolition de la polygamie, mariage sous consentement mutuel des deux époux, et une égalité homme/femme dans de nombreux autres domaines), c’est un acquis qu’il nous faudra préserver et défendre pour les prochaines décennies car bien qu’étant un modèle dans les pays arabo musulmans, le statut de la femme tunisienne est toujours menacé. Du temps du gouvernement de la Troïka en 2012, la comparaison était exactement inverse de la situation française aujourd’hui. En ce sens que nous, militants franco-tunisiens des droits de l’Homme, nous défendions la femme qui porte le voile en France et celle qui refuse de le porter en Tunisie. C’est le principe même de liberté de conscience.

4 – Le débat public sur le voile semble renouer avec des problématiques plus anciennes d’émancipation. Le débat laïc peut cependant s’articuler sur deux pôles : celui de l’émancipation et celui des discriminations ; on peut noter que « l’émancipation » autoritaire porte en elle le risque de discrimination, et cela d’abord par rapport à la libre expression du religieux. Les femmes qui portent le voile aujourd’hui disent être victimes de discriminations (dans l’emploi, les loisirs, etc…) en raison de leur religion. Où en sommes-nous avec ce vécu de la discrimination religieuse ressentie ou réelle, chez les femmes mais aussi chez les hommes se réputant musulmans ?

Le port du voile est un choix délibéré n’impliquant que la femme et « son créateur », c’est un lien mystique qui n’a normalement aucun rapport avec les décisions, contraintes ou obligations du « bas » qu’elles proviennent de lois ou d’hommes se réputant musulmans. Nul n’a le droit de contraindre la femme à le porter et nul n’a le droit de la contraindre à l’enlever. Bien entendu, cela n’empêche pas le respect des règles d’une société dans laquelle nous vivons, à la condition que ces règles ne soient orientées ni vers un discours ni vers une opinion déterminée et que la bienveillance et l’inclusion du citoyen, quelle que soit son opinion religieuse, constituent des priorités nationales!

5 – Nous plaidons une laïcité de liberté mais la France multiplie les lois d’interdiction. Ma question: notre conception de la laïcité comme liberté est-elle encore audible par les musulmans, vue l’ampleur du ressenti de discrimination religieuse dont témoignent tes réponses aux questions précédentes?

Très difficilement, la question de la laïcité résonne pour une grande majorité de musulmans comme une nouvelle religion qui s’érige en maître des religions ! Une religion qui a comme unique concurrent, l’Islam. On conçoit bien entendu l’idée de laïcité comme un socle fondamental permettant la défense de l’espace commun. Or, là où la résistance est nettement perceptible chez une majorité de musulmans, c’est lorsque la conception de la laïcité, supposée être au service du commun et défendre la liberté de chacun devient synonyme de persécution, d’arguments polémiques contre une communauté bien ciblée. Pour une majorité de musulmans français, c’est malheureusement cette conception-là qui prend le dessus sur le sens initial de laïcité.

6 – On parle de défendre les valeurs de la République? Comment le pouvons-nous ? Et quelle effectivité peut-on donner dans le contexte d’exclusion à la liberté, à l’égalité et à la fraternité?

 Le mot république vient du latin res publica qui signifie « la chose publique ». L’utilisation de ce terme sous-entend l’existence d’un espace public, commun à tous les membres de la collectivité. Cet espace est régi par des lois qui s’appliquent également à tous. Dans le débat politique actuel, le mot république sous-entend toujours république démocratique, puisque, dans l’histoire de France, les régimes républicains se confondent avec les progrès de la démocratie. Dans l’article 1er de la Constitution de 1958, la France est qualifiée de « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » : la neutralité de l’Etat permet à tous de participer à la souveraineté quelles que soient les convictions religieuses des uns et des autres. Face à ces valeurs originelles, nous nous rendons compte à quel point, la France d’aujourd’hui s’en est écarté et comment il devient de plus en plus difficile de maintenir nos valeurs républicaines dans un contexte géopolitique où le sentiment d’insécurité et la peur de  » l’autre » envahissent progressivement notre « chose publique » et menacent notre paix commune. Alors que si nous changions d’angle de vue, nous n’aurions pas besoin de focaliser sur des crispations aussi stériles et radicales dans un mauvais jeu de miroir entre laïcisme et intégrisme religieux. Personnellement, je suis contre les radicaux et extrémistes de tous bords. Nous sommes dotés de la faculté de raisonner avec tout être pensant dans un souci  de préserver l’espace public et d’en faire un bien commun à toute la collectivité. Ma génération fait les frais des dégâts causés par l’Histoire sans en saisir véritablement les affects provenant des anciennes générations à l’origine des mémoires laissées, parfois brisées. En tant que franco-tunisienne de deuxième génération d’immigré, je suis de celles et de ceux qui conçoivent l’espace public comme un bien commun indivisible au service de TOUTE la collectivité et non comme une chose de l’Etat qui divise au lieu de rassembler.

 


On peut lire pour une approche plus globalement historique de la question de la laïcité et du droit des femmes :

  • Femmes et laïcité – Audition  par la délégation aux droits des femmes du Sénat de M. Philippe Portier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études (Paris-Sorbonne), directeur du Groupe sociétés, religions, laïcités (GRSL)
  •  Femmes et Laïcité 2

 

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Laïcité / communautarisme / ethnicisation…

La Convention Nationale de la LDH du 14 juin 2014 a eu comme objet  de réflexion les  questions posées par les tendances à l’ethnicisation de notre vie publique.

Le Groupe de Travail laïcité y a proposé  une analyse qui articule  ces risques d’ethnicisation aux détournements de la laïcité (en particulier par l’extrême droit).

Nos échanges vont se situer  dans le droit fil du Congrès de Limoges de 2001 et de  sa résolution «La  laïcité, une idée toujours neuve »  … Nous disions : «Les individus ont besoin d’être reconnus au sein des groupes dans lesquels ils se reconnaissent». Nous  cherchons  face à l’uniformité et à l’ethnicisation,  à nous placer dans la perspective d’une «double reconnaissance» : «reconnaissance des singularités multiples» et «singularités territoriales».  De se sentir  non reconnus, des groupes sociaux se trouvent précipités dans une identification, communautaire, communautariste voire ethnique…

Notre XIIIème Université d’Automne avait approfondi notre réflexion collective sur l’articulation «individus, communautés, République» et cherché «à penser un universalisme respectueux des diversités culturelles, des identités et des appartenances multiples des individus» ; s’opposaient à cet effort de penser des risques de « ségrégation sécuritaire ».

La question de l’ethnicisation dépasse l’horizon de la France et d’abord articule la question des droits au-delà de la question de la laïcité. Cependant, l’actualité de la laïcité et  de ses détournements interrogent l’accentuation des communautarismes et notre défense d’une laïcité non exclusive. Quand les sujets ne trouvent plus pour s’identifier que des formes religieuses voire ethniques, ce que nous appelons ethnicisation, le pire est envisageable.

La laïcité  devrait être en principe la réponse aux communautarismes et l’affirmation de l’universalité et de l’indivisibilité des droits,  la réponse  à la fragmentation de la société… mais nous sommes dans la situation paradoxale où, pour reprendre les termes de Raphaël Liogier, face «à l’angoisse collective d’être attaqué», il est répondu par une «laïcité d’exception» qui vient restreindre les libertés des sujets  et d’abord leur liberté d’expression religieuse. Le contexte a changé depuis les années 2000, aujourd’hui le FN fait campagne sur la laïcité et la lutte contre le communautarisme et on imagine l’effet sur un jeune issu de l’immigration, né en France, de ses travestissement d’acquis universalistes comme la laïcité ou le droit des femmes devenus « supports de propagande à des fins xénophobes et hégémoniques » (Joëlle Bordet).

Une laïcité déformée.

Depuis des années, la LDH alerte sur la nécessité d’articuler combat laïque et lutte contre les discriminations. Nous le disions pour la loi de 2004, nous l’avons répété dans nos auditions à l’Observatoire de la laïcité. Le rapport récent de l’Observatoire  de la laïcité montre que nos positions sont un peu mieux prises en compte et, peut-être,  un peu mieux partagées …

On lit page 4 du rapport, une analyse de la situation qui lie, dans un processus se développant depuis les années 2000,  « aggravation des inégalités sociales », « montée des revendications communautaristes » et « détournement de la laïcité à des fins stigmatisantes».

Dans un tel contexte, nous ne pouvions qu’appeler à la prudence et nous opposer à ceux qui pensent qu’il faut répondre aux demandes communautaristes réactives par de nouvelles lois d’interdiction, comme l’interdiction des « signes religieux » (en fait, du foulard) dans les entreeprises ou à l’université.

Le rapport note (p.23) opportunément que des « acteurs de terrain » rappelaient « l’importance du dialogue, de la médiation et de la concertation » en faisant « part de leur crainte face à de nouvelles lois qui apparaitraient, de fait, comme une stigmatisation de l’Islam, et, de cette façon, renforceraient, de par ces amalgames avec l’ensemble des musulmans, les radicaux ».

Il est clair aujourd’hui que depuis les années 2000, nous assistons d’un coté à  un durcissement des expressions juridiques et politiques de notre société, et de l’autre à une extension d’un « communautarisme réactif minoritaire » gagnant des parties de plus en plus importantes des groupes discriminés, caressant  parfois le mythe « d’un développement séparé »…

Nous sommes pris dans un mauvais jeu de miroir entre «communautarisme majoritaire» et «communautarisme minoritaire».

Soit donc un  groupe national héritier d’une longue légende, groupe imaginé homogène et sans complexité, sans composition ni minorités, comme un donné a-historique et non comme un construit  lentement élaboré ; soient des  groupes minoritaires non reconnus, discriminés par le premier, estimés par lui allogènes et non intégrables par leur essence ethnique, culturelle ou religieuse. Les deux se voient comme une menace réciproque, le groupe national se représentant porteur exclusif de valeurs universelles et donc comme risquant l’éclatement si une communauté en quête d’une reconnaissance particulière  entend exister de manière différenciée ; le groupe minoritaire et ses valeurs particulières s’estime nié par l’assimilation rampante qui refuse tous les particularismes ; et il peut se replier en communauté menacée ; les deux paraissent avoir renoncé à l’interaction laborieuse entre les individus et les groupes par laquelle chacun donne, échange, enrichit cette interaction qui n’exclut pas les conflits mais permet à la société de poursuivre des fins communes de justice sans violence.

Nous avons dit et redit que la laïcité et d’abord  la neutralité de l’Etat permettait de surmonter les conflits de valeurs mais nous devons constater que  sous prétexte d’unité nationale à sauvegarder, la laïcité cesse d’être un principe d’organisation pacifique  et devient au contraire elle-même une valeur  défensive voire une religion civile à constituer… C’est dans ce sens que nous avons critiqué la notion de « morale laïque ». La suspicion s’installe, et les manipulations diverses se multiplient, et le vivre ensemble devient un slogan creux.

A ce titre, l’écho rencontré par l’appel aux « journées de retrait de l’Ecole » exige de notre part une attention particulière et une  analyse double.

D’un côté, le conservatisme moral et religieux, justement noté par les militants syndicaux mais qui n’est pas la seule explication. De l’autre, la « désaffiliation »  dont parle la sociologue  Nacira Guénif et une méfiance de « certains parents migrants envers l’Ecole », méfiance qui s’est « jouée dans le temps « et renvoie à ces « histoires scolaires à répétition » « qui ont largement « affaibli l’image de l’Ecole dans les familles migrantes » ou issues de l‘immigration

Pouvons-nous encore sortir de cette défiance  et faire société commune ? L’avenir de la laïcité.

Soient donc, les formes exclusives de laïcité, niant les communautés au nom de la lutte républicaine contre le communautarisme qui n’est parfois que la forme euphémisée du rejet des dimensions culturelles de l’islam en France ; soient aussi des formes de laïcité ouverte organisant une tolérance aux archaïsmes communautaires et reconnaissant sous un  mode néo colonial l’existence des communautés. Depuis des années, Joëlle Bordet analyse les effets de ce qu’elle appelle une « ségrégation sécuritaire » et y oppose des capacités de résistance permettant de faire société avec les quartiers populaires où, si  le référent ouvrier  devient obsolète, ne se  développent  pas moins « d’autres formes  de cultures , (d’autres) «  dynamiques culturelles », mais aussi «  d’autres formes de violences ».  (Hommes et Libertés, n°140, page 36).

Dans un article publié dans le numéro  d’Hommes et Libertés de décembre 2013, notre collègue lie, à propos de la jeunesse post ouvrière et postcoloniale, « notre façon de mettre en œuvre la laïcité »  et notre capacité à saisir les spécificités de cette jeunesse. Pour cela, nous devons d’abord comprendre que la laïcité « se révèle être trop souvent un mouvement défensif face à ces nouvelles identités, où l’affirmation des appartenances religieuses et culturelles s’exprime ». Nous devrions aussi pouvoir sortir « d’une logique ségrégative au nom du risque de la délinquance ou des difficultés sociales et d’intégration ».

Il y a donc bien là un enjeu pour la laïcité. S’appuyant sur son expérience dans les quartiers populaires en France et dans le monde et en particulier sur l’animation pendant des années d’un séminaire israélo-palestinien et français intitulé « penser l’autre », elle se propose en articulant laïcité et « dynamiques identitaires » de « faire évoluer notre réflexion relative à la laïcité » selon « ce grand processus historique (pouvant) constituer un point d’appui pour la démocratie ». Elle précise « si la laïcité n’est pas abordée de façon défensive mais (comme) une situation tiers favorisant l’affirmation des identités dans leurs configurations complexes. »  Selon elle, ainsi et seulement ainsi, nous pourrons débusquer les effets mortifères du retournement du stigmate producteur de haine ou de « conduites sacrificielles en référence à des conduites sectaires ».  (Héros –victime, une figure d’identification pour les jeunes des quartiers populaires).

En 2005, Jean Pierre Dubois, dans son éditorial ouvrant le numéro d’Hommes et Libertés sur le « trou de mémoire colonial », notait la tentation des « enfants d’émigrés », « enfants de colonisés » à s’identifier comme « indigènes de la République », il y voyait « le risque réel d’une communautarisation des révoltes fondant sur des griefs légitimes des combats qui ne le seraient en rien ». Il ajoutait que le mérite de la controverse permettrait de mettre « le doigt sur une plaie non refermée ».

Les effets des promesses non tenues (droit de vote des résidents étrangers, contrôle aux faciès), le peu d’effets des actions contre les discriminations, ont-ils accentué ces blessures anciennes  et précipité les plus jeunes vers des choix de repli ?

Reste que, que nous utilisions le mot « communauté » ou comme le proposait Eric Fassin en 2007 à notre Université d’Automne, celui de « minorité », la question posée reste celle des discriminations et c’est à répondre à « l’expérience des discriminations » que doit s’articuler  notre combat laïque.

Le GT laïcité proposera début octobre une séance de travail avec Joëlle Bordet et un autre chercheur sur le thème : Quel devenir démocratique pour les quartiers populaires urbains ? Ce que symptomatisent les jeunes ?

 

Eric Fassin était l’invité de la LDH. retrouvez une note de lecture du livre d’Eric Fassin : Eric Fassin, note de lecture.