Mercredi 8 octobre – Espace Renoir – 20h30

8octobre-TractA5

Publicités

Hébergement d’urgence, pour une action concertée et inconditionnée.

Dans sa livraison du 4 septembre,  le Pays Roannais publie une analyse du Député- Maire de Roanne à propos de  la situation de l’hébergement d’urgence dans notre territoire.

Trois remarques s’imposent.

1- Le Député-Maire évoque le coût de l’hébergement de « ces gens là ». Mais il ne nous dit pas à quoi correspond la dépense dont le chiffre peut surprendre le lecteur gérant un budget domestique. Nous parle-t-il de l’ensemble du budget de l’hébergement d’urgence? Inclut-il les dépenses liées à l’accompagnement des demandeurs d’asile? Vise-t- il les déboutés du droit d’asile exclusivement? (d’ailleurs majoritairement sans hébergement dans le roannais.)

2- Le Député-Maire refusant de maintenir les aides existantes pour les déboutés du droit d’asile rejette l’ensemble de la responsabilité sur l’Etat. Pourtant le Préfet, Pierre Soubelet disait en 2009, la nécessité d’une action concertée « de tous les partenaires, Etat, collectivités, associations, bailleurs publics », ajoutons « citoyens ». Le Préfet n’introduisait alors aucune distinction entre les différentes catégories de personnes précaires: ce que d’ailleurs la loi interdit.

3- Le Député-Maire évoquant les déboutés du droit d’asile développe un propos moralisant : « dans la vie, il faut assumer les risques que l’on prend ». L’abstraction du propos permet de ne rien dire de la réalité vécue par les demandeurs d’asile. Des personnes qui quittent leur pays parce qu’ elles mêmes et leurs enfants sont menacées ne le quittent pas par légèreté. Ce que les accords internationaux concernant le droit d’asile prennent en compte, ce sont précisément des situations d’exception.

Parce qu’elle défend  l’indivisibilité et l’universalité des droits, la LDH  ne saurait accepter la stigmatisation de telle ou telle catégorie de personnes.

 

 

 

 

Paul Carpita, Le rendez vous des quais. A Roanne à l’Espace Renoir…

travelling

Le film de Paul Carpita, « Le rendez-vous des quais », fut interdit en 1954. Il reste un des exemples du phénomène de la censure et de ses conséquences. La section de Roanne et du Roannais de la Ligue des Droits de l’Homme vous invite à voir ou revoir ce film le 8 octobre, 20h30,  Espace Renoir. Gilles Manceron, historien, membre de l’Observatoire de La Liberté de création sera présent comme intervenant.

Aux formes multiples de la censure et l’auto-censure, nous opposons la liberté de création.

Voir aussi notre post sur la censure du 22 05 2014.

Le Tract pour la soirée du 8 octobre

Sur Paul Carpita, voir : Maitron.org, site d’histoire sociale et http://biosoc.univ-paris1.fr/spip.php?article246

La LDH conteste deux arrêtés de la municipalité de Roanne

La réponses en référé du Tribunal Administratif de Lyon. (suite)

Le maire de Roanne a communiqué sur ses arrêtés ayant pour objectif la sécurité. Pour ne pas être un simple argument électoral, l’impératif de la sécurité doit obéir aux règles de droit et d’abord à la défense des libertés. C’est ce que vérifie la LDH en saisissant le juge administratif.

Le maire a des pouvoirs de police. Le droit impose la proportionnalité, cette règle est protectrice des libertés, tel est le rôle protecteur du juge.

Nous avons contesté les deux arrêtés. L’arrêté sur l’alcool nous paraît limiter la liberté de circulation dans l’espace public. Dans sa mission de défense des droits sociaux, la LDH a contesté l’arrêté anti-mendicité : c’est la pauvreté qu’il faut combattre et le problème est plus social que sécuritaire.

Le fait que la mairie de Roanne ne «produi(se) de justification» et ne se soit pas «présentée à l’audience», comme il apparait dans l’ordonnance du 7 juillet 2014, nous laisse à penser que la démarche de défense des droits conduite par la LDH semble au maire «illégitime». La protection des libertés est une mission fondatrice de la LDH depuis sa création en 1898.

Donc l’arrêté sur la mendicité, «la mendicité ne constituant pas en elle-même une atteinte à l’ordre public», est suspendu par l’ordonnance du 7 juillet du Tribunal Administratif de Lyon. Selon le juge : «Considérant que l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre.»

Le juge administratif n’a pas vu la même atteinte dans l’autre arrêté. Le jugement sur le fond dira la légalité ou non des deux arrêtés.

Le reste est polémique.

Article du Progrès du 9 juillet 2014, la réponse du député maire.

l’ordonnance de référé du 7 juillet 2014

De quoi l’affaire Sefsaf est elle le symptôme?

GABARIT-LDH-SECTIONS

Les échos multiples de la décision du Maire de Roanne concernant la rupture du contrat de travail  du directeur du théâtre, Monsieur Sefsaf, nous interrogent. N’intervenant pas dans un conflit du travail et sur l’analyse d’un contrat que nous n’avons pas à connaître, nous sommes pourtant concernés dans nos missions par ce que cette affaire implique pour la LIBERTE de CREATION.

Partons de deux faits :

1-      Un courrier de trois citoyens roannais du 13 décembre 2013 au Maire de Roanne. Bien que reconnaissant au poète Mahmoud Darwich des qualités littéraires, les trois récusaient la programmation  au théâtre de Roanne d’un spectacle composé de textes du poète palestinien qualifié de « chantre de la cause palestinienne ». Ce courrier trouvait un écho dans un article de la Tribune juive du 27/ 12/ 2013 à l’occasion duquel étaient associés les noms de Darwich et celui de Dieudonné, dont on nous disait qu’un spectacle avait dans le passé était « déprogrammé » par Yves Nicolin.

Le spectacle proposé au théâtre de Roanne présentait un second moment musical avec un groupe de musique Klezmer. Le courrier des trois roannais préjugeait que les publics de ces deux parties ne sauraient coexister dans la même salle.

Enfin,  le fait que M Sefsaf soit à la fois directeur du théâtre et metteur en scène du montage des textes de Darwich était qualifié par les auteurs de ce courrier de «conflit d’intérêt».

2-      Nouvellement élu, Yves Nicolin annonce la rupture du contrat de Monsieur Sefsaf aux motifs d’un « conflit d’intérêt entre la fonction de directeur du théâtre et de directeur d’une troupe théâtrale » et d’un contrat qui ne serait pas en forme.

La lettre des trois roannais  invoquait le «droit des citoyens contribuables et clients du théâtre» pour récuser « le contenu idéologique du spectacle ». La demande de déprogrammation était explicite. Nous pouvons opposer cette démarche au « Manifeste pour la liberté d’expression en matière de création », à l’origine de l’Observatoire de la Liberté de création. Le Manifeste dit « vouloir protéger la liberté de l’artiste contre l’arbitraire de tous les pouvoirs, quelque scandale que son œuvre puisse provoquer ». Il ajoute : «  ce n’est ni aux instances politiques, ni aux collectivités locales ou aux établissements publics, même quand ils ont passé commande, ni aux associations, quel que soit leur objet, de prétendre intervenir dans le contenu d’une œuvre ; d’en demander modification, ou de l’interdire ». Plus subtilement, le Manifeste précise : « Une œuvre est toujours susceptible d’interprétations diverses, et nul ne peut au non d’une seule, prétendre l’interdire ».

Dans son ouvrage « Petit Traité de la Liberté de Création » (La découverte, 2011), l’avocate Agnès Tricoire introduit une interrogation sur l’autonomie des œuvres (ch. 6) et dans ses quelques propositions pour lutter contre la censure et le respect de l’autonomie des œuvres, elle écrit : « Le rôle de l’œuvre n’est pas d’établir une communication directe avec le public au sens où celui-ci pourrait y répondre immédiatement, mais une attitude réflexive au sens où le destinataire de l’œuvre en prend d’abord connaissance globalement avant de former son jugement et réagir à l’ensemble : c’est le jugement critique ».

Cette autonomie de l’œuvre ne nous semble à l’évidence pas pouvoir être invoquée pour de « faux-semblants » d’œuvres déguisant, comme par exemple dans certains spectacles de  Dieudonné, « humour »(?)  et  le ressassement de propos antisémites, condamnés à plusieurs reprises par les tribunaux.

La polémique oppose au talent  poétique reconnu à Mahmoud Darwich,  ses choix politiques : on discute la liberté de monter un spectacle  constitué de ses poèmes en se référant au conflit Israëlo- Palestinien dont Darwich a été un acteur… Nous opposant à la censure induite par cette polémique, nous plaidons pour la liberté de création que nous ne confondons pas avec la liberté d’expression. De la liberté d’expression, chacun doit rendre compte a posteriori devant les tribunaux. L’Observatoire de la liberté de création défendant l’autonomie de l’œuvre demande que la responsabilité des créateurs soit constituée en prenant en compte la spécificité de l’œuvre de fiction.

On pourra de plus penser l’espace de la culture autrement que comme un espace d’opinions s’opposant. Nous préférons à l’idée qu’une salle  spectacle est le lieu d’un conflit de sensibilités ne pouvant co-exister dans un même lieu, la conception de l’œuvre d’art de la philosophe Marie José Mondzain  comme « Faire voir et voir ensemble » :

« Personne ne pourra jamais se vanter de savoir ce que l’autre voit et ressent devant un spectacle du monde, et cependant une communauté ne peut se maintenir dans le partage de ce monde qu’en se donnant les moyens d’y constituer des réseaux de signes qui circulent entre les corps et produisent une sociabilité politique » (« Le commerce des regards, seuil 2003).

C’est au nom de cette exigence des artistes  et de leurs responsabilités que nous réclamons l’autonomie des œuvres et la liberté des artistes, et que nous nous opposons à la censure.

Pour informations :

Soutien-theatre-roanne.weebly.com

Voir aussi communiqué de l’Observatoire de la liberté de création. (Lettre ouverte de l_Observatoire de la liberte de creation)

Les œuvres Mahmoud Darwich sont principalement publiées chez Acte Sud, on peut également lire dans la collection Poésie Gallimard « La Terre nous est étroite et autres poèmes (1966-1999) »

Se reporter au numéro 121 de la revue « Hommes & libertés » : le retour de l’ordre moral : en particulier le débat entre Agnès Tricoire et Dominique Noguez sur « l’auteur et le citoyen » p 39-40