Complexité du mouvement antiraciste en France, l’universalisme en questions.

 

Le meeting du 11 décembre 2015 à Saint Denis, où était invitée la LDH, et où était présent un de nos présidents d’honneur, relance une polémique paresseuse expliquant que la LDH soutiendrait les thèses du « Parti des indigènes de la République », voire, encore plus absurde,  l’intégrisme musulman ( !) .  Le problème principal de  la réduction du débat public à la polémique   est  d’interdire la construction  de vraies questions, et  dans le cas d’espèce l’interrogation nécessaire dans nos  associations anti racistes de la nature de notre universalisme et de notre rapport avec des associations souvent nées du terrain et trop vite disqualifiées de «communautaristes».

Nous avons vu à l’occasion  du passage à Roanne du président de la LICRA, dans son interwiew au Pays Roannais, cette tendance  à déconsidérer ces associations nées du terrain comme « communautaristes » et même « racistes ». Le président de la LICRA s’est d’ailleurs excusé de la précipitation d’un tel jugement.

Quelques liens proposés en dessous permettront à qui voudra réfléchir de déconstruire la confusion provoquée y compris par des responsables étatiques.

 

http://www.contretemps.eu/interventions/meeting-saint-denis-vendredi-11-d%C3%A9cembre-18h30-%C2%AB-politique-paix-justice-dignit%C3%A9-%C2%BB

https://www.facebook.com/gilles.clavreul.9/posts/10153764210677418?pnref=story

http://fr.scribd.com/doc/293407148/Courrier-G-Clavreul-LDH-16-12-15

https://www.facebook.com/ldhfrance/posts/10153275048193161

 

L’essentiel est pourtant ailleurs, et une série de questions doivent être articulées.

Ce qu’ont montré les conflits au sein du mouvement anti raciste à propos du spectacle « Exhibit B » n’est pas réductible à l’opposition entre l’antiracisme universaliste et les associations de quartier, ou se réclamant de communautés diverses, ils  renvoient à l’articulation nécessaire dans la  défense des droits. La défense de la liberté de création a heurté des sensibilités,  une demande de censure s’est exprimée contre une création artistique…   Qu’à un moment précis des contradictions (apparentes) entre les droits et leur défense adviennent n’est surprenant que pour ceux qui ont un regard unilatéral sur la réalité,et dans ce cas comme dans d’autres les militants savent la patience et parfois la prudence nécessaire dans les combats.

http://www.ldh-france.org/sujet/observatoire-de-la-liberte-de-creation/

 

La table ronde organisée le 29 novembre 2015, à l’occasion de l’Université d’Automne de la LDH, manifestait la diversité du mouvement antiraciste. Elle rassemblait à côté des quatre associations antiracistes « universalistes » ( LICRA, MRP, SOS Racisme et LDH), le CCIF ( Collectif contre l’islamophobie en France)  et l’UEJF ( Union des étudiants juifs de France) qui portaient l’accent sur la prise en compte des victimes du racisme et la construction de réponses par les victimes elles-mêmes mais aussi le nécessaire dialogue entre les intéressés et les autres associations. L’interrogation sur le caractère singulier et /ou pluriel du racisme avait fait l’objet d’un échange entre chercheurs à l’occasion de la même Université d’automne. Le philosophe Joël Roman s’y était interrogé sur ce qui se passe « quand l’universalisme est utilisé comme un moyen de stigmatiser une partie de la population que l’on juge insuffisamment émancipée ».

http://www.ldh-france.org/les-videos-luniversite-dautomne-2015-penser-lantiracisme-contre-offensive/

 

La formule même de l’universalisme peut elle-même prêter à confusion. Nous parlons à la LDH d’universalité  (et d’égalité) des droits que nous fondons sur les efforts pour construire ces droits dans des déclarations, pactes et conventions internationales et européennes. Nous défendons cette universalité des droits en portant en même temps l’accent sur leur effectivité et donc en même temps l’insuffisance de cette effectivité. Pensée ainsi, cette universalité n’est pas contradictoire avec la prise en compte des diversités et du pluralisme culturel. Et cela vaut d’abord dans l’espace français !

Nous sommes donc loin des polémiques paresseuses. Nous sommes dans le moment nécessaire d’une « contre-offensive ». L’imputation de racisme fait aujourd’hui l’objet de véritables détournements de procédures où on explique que ce sont les antiracistes qui seraient les véritables racistes, ou que les victimes seraient les pires racistes. Pourtant les actes de racisme, d’antisémitisme ou d’islamophobie se font de plus en plus nombreux et c’est ce à quoi, en appelant à une unité des associations dans la prise en compte de leurs différences, nous voulons répondre.

Nos associations doivent être en capacité de s’orienter dans la situation difficile où nous sommes. Nous sommes sur une ligne de crête et nous risquons deux dérives possibles : celle du repli identitaire majoritaire sur le mode autoritaire ou du repli communautariste minoritaire porté par  l’idée d’un développement séparé. L’affichage de valeurs à l’effectivité douteuse et la répétition de l’impératif du vivre-ensemble ne suffiront pas à sortir de nos impasses identitaires.

Jaku 2

 

 

 

 

 

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