Echanges avec Brigitte Dumoulin autour de « Roannais d’ici et d’ailleurs ».

Le 4 juin, nous avons assisté à la médiathèque de Roanne au spectacle « Roannais d’ici et d’ailleurs », qui concluait un projet d’établissement du lycée Carnot sur les «migrations». Une exposition de photographies permettait à ces  roannais venus d’ailleurs de se rendre « visibles »… Nous avons voulu revenir sur ce projet d’établissement, ce spectacle et cette exposition avec Brigitte Dumoulin responsable de ce projet avec Laetitia Rivollier, professeur d’Arts appliqués. Elle a d’abord insisté sur le fait qu’elles étaient très bien entourées de Pascale Hustache pour les photos, et de nombreux collègues de Langue, de Lettres et de différentes disciplines (pour la mise en scène de la soirée). Nous l’avons d’abord interrogée sur ce qui a permis aux un(e)s et aux autres d’accepter ou pas de se rendre visibles… Notre échange a tourné autour de la question des mixités.

 

L’objectif du travail était de manifester les diversités de nos compatriotes. Il a fallu pour cela mobiliser des médiateurs (Centres sociaux, Points lecture de la Médiathèque…). L’expérience de 2013-4 sur les « portraits mères-filles » a pu partiellement trouver une suite dans ce projet «  roannais d’ici et d’ailleurs ». Reste que si quelques familles ont souhaité participer à la constitution des portraits, les pères s’en sont tenus éloignés. On a noté dans l’exposition une forte présence des roannais venus d’Italie ou d’Espagne, et une sous représentation d’autres courants de l’immigration (ceux venus du Maghreb)… C’est comme si se rendre visibles n’était pas une évidence pour tous : résistance visible jusque dans le public scolaire. Brigitte Dumoulin se dit préoccupé par cette sous représentation, mais l’explique en partie par une médiation plus faible dans certains quartiers.

 

Notre échange autour de ce projet d’établissement de la cité scolaire Carnot s’est noué autour de la question des mixités. La cité scolaire réunit un lycée professionnel et un lycée d’enseignement général. Brigitte Dumoulin se dit attentive des questions de mixité sociale à l’intérieur de l’établissement, et a évoqué quelques décisions volontaristes pour que ne se perde pas l’exigence du « vivre ensemble ». Le projet d’établissement participe de cette volonté de donner du sens  collectif et social à ce qui est enseigné…et de le manifester  dans de telles  pratiques interdisciplinaires. En évoquant sa propre classe réunissant 12 origines différentes, composée de 12 garçons et 15 filles que l’avenir de leurs formations risque de séparer dans l’espace scolaire, Brigitte Dumoulin insiste doublement sur les questions de mixité. Cette attention lui parait d’autant plus importante en un moment où filles et surtout garçons restent prisonniers de certains préjugés de genre.

 

Nous retiendrons que, ce soit dans le cours de la réalisation du spectacle ou dans le spectacle lui-même, a été  mis en pratique l’objectif de la prise en compte de la diversité…Que le jeune Emir (exilé bosniaque) soit aussi présent dans le spectacle comme dans la vie de sa classe est réjouissant. Que les parcours des trois familles Schneck, Rosi et Vu Van structurent le spectacle est également un signe que le « vivre ensemble » peut être plus qu’une formule, et cela même si ces parcours renvoient à des périodes plus sombres de notre histoire.

 

 

 

 

 

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Il faut sauver « l’Odyssée de l’Espoir ».

Depuis des années, « l’Odyssée de l’Espoir » oeuvre à un partage des savoirs avec des personnes subissant les difficultés diverses de la vie . L’expérience est assez exceptionnelle en ce que la rencontre se fait par la culture; insertion par la culture, dit-on à  » l’Odyssée » , ce que  les institutions diverses   eurent beaucoup de difficulté  à comprendre. Le théâtre a été l’outil de cette médiation.

« L’Odyssée de l’Espoir » est exemplaire aussi en ce qu’elle fait une place à tous les niveaux d’animation et de responsabilité dans l’association à ceux qu’on n’appelle plus des « bénéficiaires » mais qui sont des  partenaires à part entière.

L’Odyssée va-t-elle être victime de la réduction de 30% de sa subvention de Roannais Agglo? Impossible  dans ces conditions de continuer à assurer l’emploi de la coordinatrice. Impossible de maintenir le lien avec des professionnels entre autres pour le théâtre…

Pourtant , voir les documents joints, l’Association est aujourd’hui reconnue?

Prochain spectacle de l’Odyssée « Les fables de La Fontaine » : Mably, Salle Pierre Hénon, 25 septembre 2015. 20h.

 

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Discrimination dans le travail . Michel Miné à Roanne le 7 octobre.

Michel Miné est invité le 7 octobre par la section LDH et l’ union locale CGT…

Dans le cadre de « 120 ans de lutte avec les salariés pour le progrès social »

Auditorium de la Bourse du travail e Roanne à 18h.  Il interviendra sur les discriminations dans le travail.

Ancien inspecteur du travail, Michel Miné est professeur de droit du travail au Conservatoire des Arts et Métiers. Il est membre du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre femmes et hommes.

 

Voir le flyer:

Michel Miné CGT

Vous avez dit « sécurité »?

 

Le Monde diplomatique reprend un texte d’Henri Leclerc de février   1996 sur la réponse aux attentats terroristes … ce texte éclaire notre actualité. 

 

Lundi 7 septembre 2015.

« Le pouvoir prend goût à l’exception. » Déclenché le jeudi 7 septembre 1995 après une série d’attentats, le plan Vigipirate n’a, depuis vingt ans, plus jamais été remis en cause. Dès 1996, l’avocat Henri Leclerc s’étonnait de la mise en place de ce vaste dispositif policier ne reposant sur aucune loi ni aucun décret : « Quel besoin avait-on de renforcer encore une loi d’exception en attirant l’attention du législateur et, par-delà, celle de l’opinion publique sur les risques que feraient courir les étrangers à la paix publique ? (…) de quels “pirates” s’agit-il d’ailleurs, et de quelle “vigilance” ? »

Terrorisme et République

par Henri Leclerc, février 1996

Que le terrorisme soit un ennemi mortel pour les démocraties, voilà un poncif qu’il convient d’énoncer avec conviction. Et notamment avant d’analyser les conséquences politiques et juridiques des actes sanglants qui ont, à l’été et à l’automne derniers, provoqué en France tant de souffrance et tant de peur. Mais, si la nécessité de le combattre est évidente, la seule question qui vaille la peine d’être posée est de savoir comment.

La démocratie ne peut accepter de dialoguer avec ceux qui la combattent en bafouant ouvertement ses principes, sauf à entériner, totalement ou partiellement, sinon le bien-fondé de leurs actes, en tout cas leurs motivations. Mais elle ne saurait non plus résister à ces assauts qu’en respectant les principes sur lesquels elle s’est construite. Sinon, elle y perdrait son âme.

Souvenons-nous du déclenchement de la révolte algérienne pour l’indépendance : la seule négociation, c’est la guerre, rétorqua alors le pouvoir, car l’Algérie, c’est la France. Au nom de ces principes, il se précipita dans une terrible aventure sans s’encombrer des scrupules ni des protestations de ceux qu’on n’appelait pas encore des « droits-de-l’hommistes ». Il fallait « employer tous les moyens » pour combattre ceux qui assassinaient aveuglément des civils et faisaient exploser des bombes dans les stades comme dans les bars. On connaît la suite. Menacée d’une dictature militaire, la République se réfugia dans les bras d’un père sévère qui réforma les institutions à sa convenance, avant de se décider à résoudre le problème… par le dialogue et la reconnaissance du bien-fondé des revendications des terroristes de la veille.

Suite à la vague d’attentats aveugles qui fit dix morts et des centaines de blessés, M. Jean-Louis Debré intervint avec, dans le propos, cette mâle assurance qui convint de tout temps aux ministres de l’intérieur confrontés au désordre et au crime. L’Etat, proclama-t-il, ne doit pas baisser sa garde, malgré les succès obtenus. Il lui faut être efficace et impitoyable, démontrer sa force.

Or voici le même Jean-Louis Debré en Corse. Son voyage fait suite aux centaines d’attentats à l’explosif qui ont provoqué des dizaines de millions de francs de préjudice aux particuliers et à la collectivité, et aux dizaines d’assassinats dont la police et la justice (sous la houlette pourtant de la section antiterroriste du parquet de Paris) se sont montrés incapables de découvrir les auteurs. Et pourtant, le ministre évite soigneusement les condamnations et parle de dialogue. Il semble ainsi, au nom de la République, justifier les moyens grâce auxquels les violents sont devenus des interlocuteurs. La raison d’Etat passe décidément toujours avant les principes.

Combattre le terrorisme, donc, mais avec quels moyens ? Tout le monde s’accorde, ou tout au moins le devrait, sur des principes universels indérogeables : doivent être à jamais proscrits la torture, l’exécution sommaire, l’enlèvement de personnes, le crime contre des groupes déterminés. Les droits fondamentaux reconnus par les lois de la République et affirmés par notre Constitution, les engagements internationaux en matière de droits de l’homme doivent également guider l’action de la justice. D’autant plus que ceux qui combattent la démocratie par l’intimidation ou par la terreur la présentent comme une simple apparence.

Les terroristes ont certes peu de chance de renverser la République, mais ils peuvent en saper les fondements, ternir son image ou l’amener à renier les principes qui fondent sa légitimité. Si, face à la violence, l’Etat se doit d’être actif et efficace, il appartient aux citoyens de rester vigilants. Et de ne pas tolérer des dérapages qui risquent de mener, peu à peu, à l’abîme.

Comment l’Etat a-t-il fait face à la vague terroriste en France ? Avec efficacité : des centaines de personnes emprisonnées, un réseau démantelé, une organisation mise à nu, des méthodes d’action analysées. Finalement, les attentats ont cessé : leurs auteurs ont été mis hors d’état de nuire, leurs émules possibles en sommeil. Sont-ce là les résultats des mesures extraordinaires adoptées ou de procédures d’exception ?

A en croire la presse, les terroristes ont été vaincus grâce à l’exploitation d’empreintes digitales relevées sur des engins explosifs, à l’utilisation de filatures systématiques et d’écoutes téléphoniques ordonnées et contrôlées par l’autorité judiciaire, aux recoupements systématiques et patients d’une multitude d’informations, bref à un travail de police traditionnel s’appuyant sur des moyens techniques modernes. Toutes ces méthodes s’inscrivent dans la procédure pénale de droit commun, qui fixe les formes selon lesquelles on peut arrêter, accuser ou détenir les personnes.

Fallait-il pour autant mettre en scène ce grand spectacle, déstabiliser des catégories entières de la population livrées aux soupçons, afficher jusqu’aux portes des écoles le visage d’ennemis publics ? Pourquoi qualifier des juges, qui se doivent d’être impartiaux, d’ « antiterroristes » et déployer la troupe dans les rues ? Quel besoin avait-on de renforcer encore une loi d’exception en attirant l’attention du législateur et, par-delà, celle de l’opinion publique sur les risques que feraient courir les étrangers à la paix publique ?

Lorsque la République est menacée, la Constitution et les lois prévoient des états d’exception. Outre la guerre qui, quoi qu’on dise, consiste à faire prévaloir la force sur le droit, et l’article 16 qui confère tous les pouvoirs au président de la République, il y a l’ « état de siège » , qui substitue l’autorité militaire à l’autorité civile dans l’exercice du maintien de l’ordre ; l’ « état d’urgence » proclamé en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public et qui étend considérablement les pouvoirs de la police ; il y a même la « mise en garde »  (1).

En revanche, aucune loi, aucun décret ne fonde le plan Vigipirate — de quels « pirates » s’agit-il d’ailleurs, et de quelle « vigilance » ? Le gouvernement a invoqué de vagues circulaires, presque inconnues, couvertes par le secret défense et dont on croyait qu’elles dataient de 1978. A tort : on vient d’apprendre qu’elles résulteraient de directives non publiées du premier ministre et du secrétariat général de la défense nationale en 1995.

La peur est mauvaise conseillère

Quoi qu’il en soit, c’est en leur nom qu’a été mis en place un vaste dispositif intervenant directement dans la vie quotidienne des citoyens. Selon les chiffres communiqués à la mi-décembre par le ministre de l’intérieur, 13 800 militaires auraient été mobilisés, 3 millions de personnes contrôlées par la police ou l’armée dans un pays où la liberté d’aller et de venir a pour fondement essentiel la liberté du passant anonyme, 21 450 personnes interpellées, 19 972 personnes non admises sur le territoire national, 2 324 reconduites à la frontière. Bref, il s’est agi d’une opération de surveillance généralisée des populations jugées dangereuses, une campagne, de « nettoyage » qui visait d’abord les populations étrangères soupçonnées par postulat.

Simultanément se concrétisait le rêve de M. Alain Marsaud, ancien « juge antiterroriste » devenu député : une « Task Force » judiciaire. Le vocabulaire militaire n’a ici rien d’anodin. Des juges enfermés dans un couloir bardé de protections, selon une structure presque hiérarchisée sous la houlette d’un chef juge ; une section du parquet pratiquement détachée de la hiérarchie traditionnelle, et en relation directe avec le ministère de l’intérieur ; une compétence réservée, des règles spéciales de procédure qu’on ne cesse d’élargir, des cours d’assises spéciales dont on a chassé les citoyens au prétexte qu’ils seraient trop lâches ; des arrestations qu’on multiplie alors que les avocats se plaignent de ne pas pouvoir prendre connaissance du dossier.

Voilà un système d’exception, subrepticement mis en place depuis la vague d’attentats de septembre 1986 et qui déteint sur le droit commun, étendant par exemple ses règles spéciales aux affaires de proxénétisme et de trafic de stupéfiants. Tout cela est-il vraiment nécessaire ?

Sont-elles nécessaires, ces attitudes dignes du Far-West, ces affiches de personnes recherchées, ces tenues de parachutistes ? Et ces images du corps de Khaled Kelkal, troué de onze balles et retourné du pied ? Qui s’est soucié des conséquences de ce tragique spectacle sur les jeunes des banlieues, tout à coup solidaires de celui dont on sait, depuis la diffusion de son entretien avec le journal Le Monde (2), qu’il était, avant de sombrer dans le crime, l’un d’eux, si proche de ce qu’ils ressentent, de leur révolte contre les humiliations quotidiennes et les soupçons ?

Loin de contribuer à déjouer le complot terroriste, cette dérive a renforcé le mur d’incompréhension, accru les déchirements de la société. Elle a, en particulier, renforcé l’audience de ceux qui proposent à la révolte de prendre, non les chemins de la citoyenneté mais ceux de la haine, non les voies de l’intégration mais celles de la subversion sanglante.

En faisant irruption au cœur de la vie quotidienne, le terrorisme fait naturellement peur. Mais, pour le citoyen, la peur est mauvaise conseillère. Les débordements n’ont suscité que peu de réactions, l’opinion publique approuvant massivement l’Etat. Néanmoins, les grandes centrales syndicales — à l’exception notable de Force ouvrière (FO), pourtant si présente peu après dans le mouvement social de décembre dernier — ont eu le courage, tout en dénonçant avec fermeté le terrorisme, d’exprimer ensemble le risque de xénophobie et de dérive. Le pouvoir prend goût à l’exception. Il rêve toujours de surveiller plus les citoyens. Malgré les succès remportés contre le terrorisme, le plan Vigipirate se prolonge.

Qu’on y prenne garde. Les auteurs d’attentats ne se contentent pas de tuer, de blesser, d’intimider. Ils sèment aussi. Même perdues, leurs batailles révèlent la qualité et la nature de la démocratie. Le terrorisme naît toujours de la révolte, ultime recours de ceux que notre société accule au désespoir et qui n’ont plus la parole. Si la démocratie, au mépris de ses principes fondamentaux, leur répond en déployant des soldats, en soupçonnant en bloc telle ou telle catégorie, en se lançant dans la chasse au faciès, d’autres crises éclateront, d’autres hommes et d’autres femmes tomberont, et la peur grandira encore. Ce redoutable cycle du terrorisme aveugle et de la répression généralisée risque d’engager la République sur des chemins périlleux.

Henri Leclerc

Président de la Ligue des droits de l’homme

 

Accorder un logement sous la condition de religion est une discrimination .

Ce matin sur France inter, Thomas Legrand reprend une information de Monsieur le maire de Roanne. Il précise que sa ville acceptera d’accueillir des réfugiés, car des possibilités existent dans le parc des logements sociaux. Mais il pose deux conditions : qu’ils soient bénéficiaires du statut, et surtout s’ils soient CHRETIENS. Il n’y a pas d’héroïsme à donner un logement social à des personnes statutaires, ce qui est curieux dans le cas présent c’est la limitation en nombre (une dizaine).
Quant au critère de religion… Il faut préciser qu’il y a à Roanne un CADA qui accueille et accompagne les demandeurs d’asile, conformément à la loi, sans les interroger sur leur religion ; il y a aussi des associations diverses qui accueillent , aident et accompagnent des demandeurs parfois déboutés, sans les interroger sur leur religion.
Les « conditions » posées par le maire sont absolument ahurissantes : cela veut dire que des logements sociaux vont être attribués sur critère de religion. Ce n’est ni laïque ni républicain. Et peut-être est-ce tout simplement une provocation à la discrimination, telle que définie dans l’article L225 du Code Pénal.

 

On trouvera l’article du Progrès , publié le 6/09/15 , dans le Facebook de la section ldh de Roanne.

 

Article 225-1 du Code pénal

Modifié par LOI n°2014-173 du 21 février 2014 – art. 15
Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur lieu de résidence, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs moeurs, de leur orientation ou identité sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »

Comme on le voit, la loi ne prévoit ni préférence nationale, ni préférence religieuse, et au contraire, ces différences de traitement sont des délits pénaux.

 

Message d’un lecteur

Communiqué de la LICRA

Licra , accueil des réfugiès à Roanne