Grenoble, des jeunes et la LDH…

 

Cette enquête a été réalisée à Grenoble par le secrétaire de la section LDH. La formule sur la laïcité manifeste bien l’embarras des jeunes interrogés (« la laïcité est un mot mystère et chacun peut lui attribuer un sens plus ou moins favorable, en fonction du contexte »)…

 

Les jeunes et la Ligue des droits de l’Homme

 

 

Suite aux attentats de janvier, la France s’est réveillée en masse pour dire non à la barbarie et au terrorisme. Nous avons vu à quel point les valeurs de liberté, égalité et fraternité étaient primordiales pour vivre dans un esprit de paix et de tolérance. La démocratie doit vivre et au sein de ce vivier démocratique, y demeure la Ligue des droits de l’Homme. Nous, section de Grenoble-métropole, nous interrogeons sur le peu d’adhésion au sein de la jeunesse qui est l’avenir de notre société. Marius ROUX, le nouveau et jeune secrétaire de la section , a décidé de faire une enquête de terrain dans le centre ville de Grenoble en posant quatre questions.

Il a interrogé une vingtaine de jeunes aux abords des lycées le 9,10 et 11 mars 2015. Voici les différentes réponses qu’il a reçues.

 

Avez vous discuté des attentats au sein de vos établissements scolaires ?

 

À la première question, la majorité des sondés ont répondu par l’affirmative. Oui, ils ont discuté des attentats au sein des lycées et des universités bien évidemment. Une élève de terminale a souligné le malaise qui régnait le 7 janvier lors qu’ils ont appris que le siège de Charlie Hebdo avait été visé par  des terroristes. Un étudiant sur le campus a précisé qu’il y avait eu un élan de solidarité sur le campus avec le #jesuischarlie. La plupart des sondés se sont rassemblés en mémoire des victimes place Victor Hugo en y mettant des dessins et des bougies. Ils ont vraiment été choqués et se sont mobilisés le dimanche 11 janvier (plus de 1110 000 personnes dans les rues de Grenoble). Une lycéenne de seconde m’a indiqué que les attentats n’avaient pas été abordés dans son lycée. Elle était déçue car c’était un événement d’une telle ampleur qu’elle et ses camarades n’avaient pas été sollicité par leurs professeurs. Les professeurs étaient mal à l’aise et n’osaient pas parlé de ce sujet sensible.

 

Y-a-t-il eu des refus par certaines de faire la minute de silence ?

 

À la seconde question, les avis ont divergé. D’un côté, certains ont dit qu’ils avaient fait la minute de silence dans les classes et dans les cours de récréation. Certains trouvaient particulier comme ambiance de faire une minute de silence à l’école.

D’un autre côté, un élève de première a clairement affirmé que certains élèves avaient refusé de faire la minute de silence en hommage aux victimes. Ce même élève a précisé que des lycéens ont déclaré que c’était normal ce qui était arrivé à Charlie Hebdo : « ils n’avaient pas à faire ça. Ils n’avaient pas à représenter le prophète comme ils l’ont fait ». Une autre élève de terminale quant à elle a porté son analyse sur cette minute de silence : « fallait-il la faire réellement au lycée ? Chaque être humain a forcément eu une pensée pour les victimes. Ça ne devrait pas être une minute de silence collective dans un établissement scolaire.  À cette réponse, Marius lui a répondu : et le vivre-ensemble, qu’en fais tu ? Sa réponse fût spontanée : il n’y a plus de vivre-ensemble en France. On stigmatise toujours les mêmes.

 

Que pensez-vous de la laïcité et de la démocratie en générale ?

 

Tous les sondés ont répondu que la laïcité est une valeur essentielle dans la société française. Un élève a dit : laïcité ne veut pas dire stigmatiser. Cette réponse est très juste car on peut faire appliquer le principe de laïcité sans forcément stigmatiser telle ou telle catégorie de personnes. Une autre élève de première a déclaré que la laïcité est l’un des piliers de notre République. Ils ont tous conscience que la laïcité est un mot mystère et chacun peut lui attribuer un sens plus ou moins favorable, en fonction du contexte. On sait que la loi de 1905 a séparé l’Église et l’État. Aujourd’hui, certains politiques sont partisans d’une laïcité forte sans financer les lieux de culte : le FN refuse de financer les mosquées mais ne dit rien sur le financement des églises. Par cette enquête, les jeunes ont clairement indiqué qu’ils ne se retrouvaient pas dans les valeurs de certains politiques et notamment le FN. Mais, la plupart interrogé ont souligné qu’ils n’étaient non plus partisans d’une laïcité souple.

Quant à la démocratie, ils n’ont pas confiance dans les hommes politiques. Certains ont cité les affaires DSK et Sarkozy. Ils ne comprennent pas pourquoi ces hommes politiques arrivent toujours à s’en sortir face à la justice alors qu’un citoyen de base se ferait condamner et exécuterait sa peine comme ordonné. Ils veulent un autre visage de la démocratie. Une lycéenne a sorti la citation de Lincoln : « La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » . Il faut redonner le pouvoir aux citoyens ont dit la plupart des sondés. Un élève de seconde a dit qu’il n’était pas au courant des élections départementales à la fin du mois.

 

Connaissez-vous la Ligue des droits de l’Homme ?

 

Une seule sondée connaissait la Ligue des droits de l’Homme. Les autres n’en avaient jamais entendu parlé. La LDH n’est pas assez visible auprès des jeunes mais ils m’ont précisé qu’ils avaient d’autres préoccupations avant d’adhérer à une association défendant les droits de l’homme. La LDH a tout intérêt à s’ouvrir à la jeunesse. Certains lycéens ont dit qu’ils ne voudraient pas y adhérer puisqu’ils estiment que les libertés sont acquises. A contrario, d’autres ont souligné l’importance de défendre nos droits et libertés. Ils s’estiment trop jeunes pour adhérer à la LDH mais n’ont pas écarté l’hypothèse d’une adhésion une fois dans les études supérieures. Ils veulent avant tout finir le lycée de la meilleure des manières comme l’ont dit certains.

 

Conclusion : Que faut-il en tirer ?

 

Cette année 2015 s’est ouverte par trois attentats en moins de 2 mois. La jeunesse s’est soulevée que ce soit à Paris, à Copenhague ou à Tunis cette semaine. Cette enquête révèle un certain malaise au sein de la jeunesse : on a nos libertés et on ne veut pas adhérer à quelconque association. La section de Grenoble-métropole aimerait bien compter un peu plus de jeunes au sein de ses rangs pour militer et promouvoir les droits. Il y a un écart qui doit se résorber dès maintenant.

On doit peut être remettre en cause nos actions. Or, nous avions organisé un cinéma suivi d’un débat autour du film Caricaturistes, fantassins de la démocratie. Aucun jeune n’avait réagi à la fin du film et le débat avait été monopolisé par un intervenant des amis du Monde Diplomatique.

Nous lancerons prochainement des appels à la jeunesse car c’est elle l’avenir de la société. Elle devra faire face à des défis importants : la lutte contre les extrêmes, la promotion des droits et aider les réfugiés de toute sorte. Que la devise de la République ne meurt jamais.

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