Deux rencontres autour de la laïcité et la liberté d’expression des convictions religieuses

Jeudi 5 mars,  la section LDH de Roanne organisait avec l’Eglise Protestante  Unie de France une rencontre autour de religion et laïcité. Nous invitions le pasteur Stéphane Lavignotte à l’occasion de la publication de son livre « Les religions sont-elles réactionnaires ? ».

L’échange a d’abord porté sur le livre. Notre première question concernait la critique de « l’essentialisme », cette  conception des religions comme un tout monolithique  et sans histoires qui domine le débat public. Le souci  de Stéphane Lavignotte  fut de montrer qu’il n’y a pas «  d’essence de la religion » et  que les religions « sont construites socialement » ; selon lui,   «le croyant est un être social » et cela même si les dogmes peuvent le guider dans sa vie.

Dans un second moment  de cette première partie a été interrogée la « visibilité » des religions. Une interprétation erronée de la loi de 1905 voudrait réduire les  religions  à l’invisibilité en les renvoyant dans l’espace privé… Stéphane Lavignotte  fit remarquer que ce sont surtout les religions minoritaires  (et donc l’islam) que l’on cherche à exclure de l’espace public.

La deuxième partie de l’échange a porté sur la laïcité. Il a été rappelé les liens historiques entre laïcité et protestantisme, la laïcité distinguée de la tolérance comme le disait au moment de la Révolution française   Rabaut Saint Etienne qui refusait la tolérance mais exigeait  la liberté religieuse. A été rappelée la différence entre la laïcité, fondant la liberté de conscience religieuse, et les régressions concordataires cherchant à contrôler les Eglises.  A été évoqué l’islam, qui doit se voir reconnu ce que  notre pacte de laïcité accorde aux autres religions.

Les propos du pasteur Lavignotte ont montré son inscription dans les réalités sociales dans le 93 où il vit et travaille.

Le dialogue avec une  salle  plurielle (où se trouvaient des croyants et des non croyants) qui a  commencé la soirée a pu montrer des divergences existantes, tout en   illustrant une volonté de parler ensemble. Volonté qui a animé la soirée.

 

Le dimanche 8 mars, nous étions présents à la rencontre autour d’hommes et de  femmes musulmans sur le thème « Femmes et citoyenneté dans l’espace public ». S’y exprimèrent : l’imam de la mosquée En-Nour de Roanne, Maître Gilles Devers, Madame Ponramon, déléguée du Défenseur des droits, et Mouna Derouich . L’imam rappela l’impératif  du respect dû aux femmes, soutenant au nom de l’islam des valeurs  largement partageables.  Mouna Derouich rappela le génocide caché  de la communauté musulmane des  Rohingyas Birmanie; les autres interventions ainsi que les questions de la salle portèrent sur le cadre légal de la laïcité ainsi que sur les discriminations, vécues et ressenties par les femmes présentes. Les réponses légales aux discriminations ont été évoquées.

Nous avons rappelé notre attachement à la laïcité et précisé que, selon la loi de 1905, la laïcité protège  la liberté d’expression religieuse dans le respect de l’ordre public. Nous avons redit notre opposition à la multiplication de propositions de  lois d’interdiction nouvelles, qui ne peuvent qu’accentuer la fragmentation de notre pays déjà touché par de trop nombreuses assignations identitaires et territoriales.

L’ensemble de cette rencontre, ainsi que les échanges informels qui suivirent, montrent que la possibilité de parler ensemble dans le respect des convictions de chacun reste possible et nécessaire.

 

 

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