Pour ne pas renoncer… où on parle de quelques projets abandonnés…

Démocratie représentative ou démocratie participative, le sentiment du citoyen est que la décision politique relève du coup politique ( parfois à fort coût) et/ou du fait du Prince. Annoncées ou pas en période électorale, relayées  ou non ( bien ou mal) par les média, les décisions s’accumulent en début de mandat et les déceptions s’annoncent. En attendant, le débat démocratique se réduit à la polémique et à la rumeur. Ainsi à Roanne.

Depuis des années, des associations signalaient que s’imposait le relogement des habitants du quartier auto-construit de Benoit Raclet.  Cette alerte correspondait à des réalités connues et encadrées par des lois et des rapports. Une décision était prise par la Municipalité Déroche, était ce la meilleure? Reste que la Municipalité Nicolin a annoncé que le projet est arrêté. Soit, la situation restera t elle en état?

Soit, des roannais sont en grande difficulté par rapport au retour à l’emploi. Roannais Agglo construisait une démarche innovante avec ces personnes. Le service est supprimé, verra-t-on la démarche reprise par l’usage de subventions qu’il ne faudrait pas laisser s’échapper? En attendant, la question spécifique a t elle disparu des préoccupations des citoyens?

Soit un projet de Maison médicale sur le quartier Parc des Sports. On nous annonce en juin 2014 que le projet est abandonné. Ce type de projet serait-il sans intérêt?

Nous avons rencontré le docteur Lisa Otton qui a porté ce projet. Elle nous a raconté les aléas d’une démarche répondant pourtant à un appel à projet du ministère de la Ville sous Sarkozy. Elle nous a dit les rencontres avec les professionnels de santé. Les hésitations des politiques, voire les blocages. Elle nous a dit aussi les difficultés de négociation avec les bailleurs, mais aussi l’usage de la rumeur. Trois ans à tourner en rond autour de problèmes pourtant bien repérés (voir l’analyse proposée en réponse aux annonces d’abandon du projet en juin 2014, document joint).

De notre rencontre, nous avons retenu une figure de militante et de militante dotée d’une expertise. Il est significatif qu’elle ait  voulu commencer notre entretien en se présentant et en présentant ce qui l’a  conduit à choisir d’être médecin, mais aussi en présentant ses travaux (et ceux de son compagnon, également médecin). Donc d’abord une attention aux questions économiques de la santé, aux inégalités sociales de Santé… en 2010, une analyse sur l’Etat des lieux de la médecine sur le Roannais. Le projet de Maison de Santé ne sortait pas de rien, il sortait aussi des échanges syndicaux avec ses autres collègues… Lisa Otton nous a évoqué des expériences réussies dans d’autres villes… Allons nous la laisser partir porter sa volonté d’agir ailleurs? Allons nous laisser des personnes sans accès possible à un médecin référent?

Nos associations du Roannais se préoccupent de l’accès au logement (y compris adapté), de l’accès au travail des plus défavorisés, de l’accès aux soins… resterons nous sidérés  et bras ballants devant cette cascade de décisions?

maison de santé

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L’islamophobie, une forme actuelle du racisme

JOURNEE INTERNATIONALE CONTRE L’ISLAMOPHOBIE , les 13 décembre. 2014

La notion d’islamophobie est contestée, et  pourtant la CNCDH note l’augmentation des propos et actes « islamophobes ».

Il est reproché à la notion son origine, de favoriser la concurrence victimaire, de mettre l’accent sur le religieux . Restent les faits.

Deux extraits de l’entretien de la sociologue Houda Asal, dans Médiapart du 12 décembre 2014 permettent une définition de l’islamophobie et de structurer nos actions contre « l’islamophobie » :

Définition:

L’islamophobie s’inscrit dans la sociologie du racisme. Pour comprendre ce phénomène complexe, il faut  d’abord revenir sur ce qu’est le racisme, à quoi il renvoie précisément. Le racisme est un phénomène social qui implique l’imbrication de représentations (stéréotypes, images médiatiques), de pratiques (discriminations, actes de violence) et d’une certaine vision du monde. L’islamophobie est donc une idéologie, qui construit et perpétue des représentations négatives de l’islam et des musulmans, donnant lieu à des pratiques discriminatoires et d’exclusion. Ce racisme peut également culminer en des actes d’hostilité, parfois violents, qui sont en constante augmentation ces dernières années, et qui visent des lieux identifiés comme musulmans mais aussi des personnes. Aujourd’hui, le marqueur religieux comme marqueur racial pose des défis conceptuels et politiques nouveaux. D’une certaine manière, il reconfigure le racisme en tant que phénomène social multidimensionnel.

Champs d’intervention: 

La dimension internationale de l’islamophobie est l’une des spécificités de ce racisme. Une certaine vision de l’islam et de la menace qu’il représente aboutit à la création d’un ennemi extérieur et d’un ennemi intérieur, deux figures qui se mêlent souvent.  (…)

L’autre spécificité est la dimension dite intersectionnelle de l’islamophobie, qui montre comment s’imbriquent la classe sociale et le genre avec le racisme. C’est particulièrement vrai en France, où il existe des liens complexes entre l’histoire coloniale, l’immigration ouvrière et le racisme. La présence musulmane en France découle de cette histoire, même si la plupart des musulmans sont aujourd’hui citoyens français, parfois de classe moyenne, diplômés pouvant être descendants de migrants ou convertis, etc. De plus, l’islamophobie, les stéréotypes et les discriminations qui en découlent touchent de manière différente les hommes et les femmes. Par exemple, la focalisation sur le « voile » place les femmes dans une position particulière, premières victimes des discriminations.

A la LDH, nous dénonçons  les politiques de la haine visant nos compatriotes de religion musulmane ou assignés comme musulmans  par un racisme à fond néo colonial…

S’il faut combattre tous les racismes, il faut aussi savoir   nommer les  formes spécifiques de racisme pour pouvoir les combattre .

On lira la résolution du Congrès de Reims de la LDH : « Pour en finir avec la politique de la haine ».

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Neutralité de l’Etat ou neutralité des citoyens ?

9 décembre, le 109ème anniversaire de la loi de 1905.

Nous avions interrogé la Municipalité Roannaise de Laure Déroche sur la présence d’offices religieux dans l’organisation des fêtes mémorielles de la République. Ce 11 novembre, la République se célébrait avec des offices religieux. Autre constat : même si la loi de 1905 n’exclue pas les processions ( et si, nous dit on, les paroisses catholiques n’en demandaient pas tant !) , la lecture du dernier bulletin municipal peut surprendre : est-ce vraiment aux pouvoirs publics d’organiser une fête à l’honneur de la Vierge Marie ? Pourtant, la loi de 1905, en tant que loi de séparation des Eglises et de l’Etat, impose la neutralité des Institutions politiques …
La proposition de loi Ciotti, que co-signe notre député maire, du 23 octobre 2014, et qui vise à inclure « les sorties scolaires dans la loi du 15 mars 2004 (…) concernant le port de signes », vient accroître notre embarras. On lit dans les attendus de cette proposition de loi : « Il est donc impératif que les parents d’élèves qui participent à des activités scolaires fassent preuve de neutralité dans l’expression de leurs convictions, notamment religieuses ».
On aurait donc d’un côté, des Institutions publiques assez peu regardantes sur leur propre neutralité et de l’autre une rigueur accrue pour les « mères accompagnatrices » dans les sorties scolaires. Parler de contradiction serait cependant peu dire.
La loi de 1905 impose la neutralité à l’Etat et à ses fonctionnaires. Cette neutralité est condition de liberté. Cette neutralité ne vaut pas pour les usagers des services publics. La loi de 2004 sur les signes religieux à l’Ecole cherchait sa justification dans l’argument de la « neutralité » scolaire. Pourtant, le Conseil d’Etat a clairement refusé de considérer les mères accompagnatrices comme des collaboratrices institutionnelles du Service Public et rappeler que l’interdiction ne pouvait être générale, sans accepter pour autant le prosélytisme…
La loi de 1905 pose que la liberté de conscience, y compris religieuse, est au fondement et que l’interdiction doit être l’exception. La proposition de loi Ciotti, comme la Proposition de loi de M. Michel Terrot visant à étendre l’obligation de neutralité aux structures privées en charge de la petite enfance, comme les autres propositions de lois induites par le prétendu vide juridique révélé par l’Affaire Baby Loup, participent de ce désir d’étendre aux citoyens ( et en particulier aux citoyennes de religion musulmane) la neutralité requise de l’Etat.

La loi de séparation implique la neutralité de l’Etat, elle n’impose pas une neutralisation de la société. Notre gêne est à son comble quand on semble si tolérant du côté de la neutralité de l’Etat et si imbus de laïcité quand cela concerne nos concitoyens de religion musulmane. A donner l’impression que la laïcité ne concerne que les musulmans, on fragilise la laïcité qui reste la condition de l’égalité et de la liberté.
Pour une analyse de cette laïcité que François Baroin appelait « Nouvelle laïcité » dans un rapport opposant laïcité et droits de l’Homme, lire : L’affaire Baby Loup ou la Nouvelle Laïcité : Stéphanie Hennette Vauchez. Professeure à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense et Vincent Valentin, Professeur de droit public, Sciences Po Rennes. LGDJ, 2014.

Proposition de Loi d’Eric Ciotti

Laïcité et droits de l’homme… Draguignan