Une technologie gouvernementale: l’auto expulsion. Une analyse d’Eric Fassin.

 

Depuis maintenant plus d’une année, nous voyons, régulièrement à Roanne la mise à la rue de familles de déboutés du droit d’asile. Hébergées au CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile) , ou dans d’autres structures, jusqu’au refus de l’asile, ces familles doivent quitter leurs hébergements, parfois avant même la fin de la procédure. Elles sont abritées très provisoirement par des associations ou dans des squats. Des démarches juridiques fondées sur le cadre légal de l’hébergement inconditionnel ont été tentées, souvent vainement. On nous dit : «ces familles doivent repartir».

On peut légitimement s’interroger sur la «logique» qui conduit à mettre des enfants et des familles à la rue ? On répondra en se référant à la technologie gouvernementale inventée par les Républicains américains : la «self- déportation» qu’on traduira en français par «auto expulsion».

Aux Etats-Unis pour lutter contre l’immigration clandestine, la droite républicaine  utilise cette technique depuis 1994. Le sociologue Eric Fassin cite le New York Times du 21 novembre 1994 : « Pourrissez leur la vie jusqu’à ce qu’ils quittent le pays». La technique a été théorisée à l’occasion de l’Election Présidentielle de 2012 par Mitt Romney dans un programme qui appelle à renforcer le contrôle aux frontières, à s’opposer à toute amnistie des clandestins, à encourager le retour volontaire …Mitt Romney préconisait   des pressions pratiquées avec «humanité».

On aura reconnu la politique menée en France à Calais par les gouvernements de droite et désormais de gauche … Eric Fassin explicite ainsi celle menée contre les citoyens européens roms… Nous la voyons relayée par des municipalités, la nôtre allant jusqu’à prétendre  interdire la mendicité.

Eric Fassin note un éclair de lucidité chez un Républicain américain qui écrivait en 1994 : « Une politique publique qui vise à pourrir la vie des enfants n’es est pas moins une abomination».

Lire : » Roms et riverains : Une politique municipale de la race. » Eric Fassin, Carine Fouteau, Serge Guichard et Aurélie Windels. Editeur : La Fabrique, Paris 2014.

Sur l’auto expulsion, pages 41, 42 et 61 à 70. Eric Fassin conclue à propos de cette bio politique néolibérale : «Ne pas laisser vivre, sans pour autant faire mourir».

La thèse générale de ce livre interroge une politique de la race dont les roms sont les premières victimes et qui se traduit par une « ethnicisation » des politiques publiques.  A l’opposé, Eric Fassin aborde le roms comme une  « minorité, caractérisée par l’expérience de la discrimination, et non en tant que communauté, fondée sur une culture ou une origine ». ( p. 19).

 

 

Publicités

La LDH conteste deux arrêtés de la municipalité de Roanne

La réponses en référé du Tribunal Administratif de Lyon. (suite)

Le maire de Roanne a communiqué sur ses arrêtés ayant pour objectif la sécurité. Pour ne pas être un simple argument électoral, l’impératif de la sécurité doit obéir aux règles de droit et d’abord à la défense des libertés. C’est ce que vérifie la LDH en saisissant le juge administratif.

Le maire a des pouvoirs de police. Le droit impose la proportionnalité, cette règle est protectrice des libertés, tel est le rôle protecteur du juge.

Nous avons contesté les deux arrêtés. L’arrêté sur l’alcool nous paraît limiter la liberté de circulation dans l’espace public. Dans sa mission de défense des droits sociaux, la LDH a contesté l’arrêté anti-mendicité : c’est la pauvreté qu’il faut combattre et le problème est plus social que sécuritaire.

Le fait que la mairie de Roanne ne «produi(se) de justification» et ne se soit pas «présentée à l’audience», comme il apparait dans l’ordonnance du 7 juillet 2014, nous laisse à penser que la démarche de défense des droits conduite par la LDH semble au maire «illégitime». La protection des libertés est une mission fondatrice de la LDH depuis sa création en 1898.

Donc l’arrêté sur la mendicité, «la mendicité ne constituant pas en elle-même une atteinte à l’ordre public», est suspendu par l’ordonnance du 7 juillet du Tribunal Administratif de Lyon. Selon le juge : «Considérant que l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre.»

Le juge administratif n’a pas vu la même atteinte dans l’autre arrêté. Le jugement sur le fond dira la légalité ou non des deux arrêtés.

Le reste est polémique.

Article du Progrès du 9 juillet 2014, la réponse du député maire.

l’ordonnance de référé du 7 juillet 2014