De quoi l’affaire Sefsaf est elle le symptôme?

GABARIT-LDH-SECTIONS

Les échos multiples de la décision du Maire de Roanne concernant la rupture du contrat de travail  du directeur du théâtre, Monsieur Sefsaf, nous interrogent. N’intervenant pas dans un conflit du travail et sur l’analyse d’un contrat que nous n’avons pas à connaître, nous sommes pourtant concernés dans nos missions par ce que cette affaire implique pour la LIBERTE de CREATION.

Partons de deux faits :

1-      Un courrier de trois citoyens roannais du 13 décembre 2013 au Maire de Roanne. Bien que reconnaissant au poète Mahmoud Darwich des qualités littéraires, les trois récusaient la programmation  au théâtre de Roanne d’un spectacle composé de textes du poète palestinien qualifié de « chantre de la cause palestinienne ». Ce courrier trouvait un écho dans un article de la Tribune juive du 27/ 12/ 2013 à l’occasion duquel étaient associés les noms de Darwich et celui de Dieudonné, dont on nous disait qu’un spectacle avait dans le passé était « déprogrammé » par Yves Nicolin.

Le spectacle proposé au théâtre de Roanne présentait un second moment musical avec un groupe de musique Klezmer. Le courrier des trois roannais préjugeait que les publics de ces deux parties ne sauraient coexister dans la même salle.

Enfin,  le fait que M Sefsaf soit à la fois directeur du théâtre et metteur en scène du montage des textes de Darwich était qualifié par les auteurs de ce courrier de «conflit d’intérêt».

2-      Nouvellement élu, Yves Nicolin annonce la rupture du contrat de Monsieur Sefsaf aux motifs d’un « conflit d’intérêt entre la fonction de directeur du théâtre et de directeur d’une troupe théâtrale » et d’un contrat qui ne serait pas en forme.

La lettre des trois roannais  invoquait le «droit des citoyens contribuables et clients du théâtre» pour récuser « le contenu idéologique du spectacle ». La demande de déprogrammation était explicite. Nous pouvons opposer cette démarche au « Manifeste pour la liberté d’expression en matière de création », à l’origine de l’Observatoire de la Liberté de création. Le Manifeste dit « vouloir protéger la liberté de l’artiste contre l’arbitraire de tous les pouvoirs, quelque scandale que son œuvre puisse provoquer ». Il ajoute : «  ce n’est ni aux instances politiques, ni aux collectivités locales ou aux établissements publics, même quand ils ont passé commande, ni aux associations, quel que soit leur objet, de prétendre intervenir dans le contenu d’une œuvre ; d’en demander modification, ou de l’interdire ». Plus subtilement, le Manifeste précise : « Une œuvre est toujours susceptible d’interprétations diverses, et nul ne peut au non d’une seule, prétendre l’interdire ».

Dans son ouvrage « Petit Traité de la Liberté de Création » (La découverte, 2011), l’avocate Agnès Tricoire introduit une interrogation sur l’autonomie des œuvres (ch. 6) et dans ses quelques propositions pour lutter contre la censure et le respect de l’autonomie des œuvres, elle écrit : « Le rôle de l’œuvre n’est pas d’établir une communication directe avec le public au sens où celui-ci pourrait y répondre immédiatement, mais une attitude réflexive au sens où le destinataire de l’œuvre en prend d’abord connaissance globalement avant de former son jugement et réagir à l’ensemble : c’est le jugement critique ».

Cette autonomie de l’œuvre ne nous semble à l’évidence pas pouvoir être invoquée pour de « faux-semblants » d’œuvres déguisant, comme par exemple dans certains spectacles de  Dieudonné, « humour »(?)  et  le ressassement de propos antisémites, condamnés à plusieurs reprises par les tribunaux.

La polémique oppose au talent  poétique reconnu à Mahmoud Darwich,  ses choix politiques : on discute la liberté de monter un spectacle  constitué de ses poèmes en se référant au conflit Israëlo- Palestinien dont Darwich a été un acteur… Nous opposant à la censure induite par cette polémique, nous plaidons pour la liberté de création que nous ne confondons pas avec la liberté d’expression. De la liberté d’expression, chacun doit rendre compte a posteriori devant les tribunaux. L’Observatoire de la liberté de création défendant l’autonomie de l’œuvre demande que la responsabilité des créateurs soit constituée en prenant en compte la spécificité de l’œuvre de fiction.

On pourra de plus penser l’espace de la culture autrement que comme un espace d’opinions s’opposant. Nous préférons à l’idée qu’une salle  spectacle est le lieu d’un conflit de sensibilités ne pouvant co-exister dans un même lieu, la conception de l’œuvre d’art de la philosophe Marie José Mondzain  comme « Faire voir et voir ensemble » :

« Personne ne pourra jamais se vanter de savoir ce que l’autre voit et ressent devant un spectacle du monde, et cependant une communauté ne peut se maintenir dans le partage de ce monde qu’en se donnant les moyens d’y constituer des réseaux de signes qui circulent entre les corps et produisent une sociabilité politique » (« Le commerce des regards, seuil 2003).

C’est au nom de cette exigence des artistes  et de leurs responsabilités que nous réclamons l’autonomie des œuvres et la liberté des artistes, et que nous nous opposons à la censure.

Pour informations :

Soutien-theatre-roanne.weebly.com

Voir aussi communiqué de l’Observatoire de la liberté de création. (Lettre ouverte de l_Observatoire de la liberte de creation)

Les œuvres Mahmoud Darwich sont principalement publiées chez Acte Sud, on peut également lire dans la collection Poésie Gallimard « La Terre nous est étroite et autres poèmes (1966-1999) »

Se reporter au numéro 121 de la revue « Hommes & libertés » : le retour de l’ordre moral : en particulier le débat entre Agnès Tricoire et Dominique Noguez sur « l’auteur et le citoyen » p 39-40

 

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Cérémonies mémorielles

Depuis des années , les cérémonies mémorielles républicaines sont à Roanne l’occasion d’offices religieux.

Soucieux de la neutralité nécessaire à l’égalité et à la liberté des croyants et des non croyants, la section ldh avait, dans le cadre de la Commission extra municipale « droits de l’homme » de la Ville de Roanne, proposé à la Mairie de Roanne, des compromis, respectant la sensibilité et les convictions des Associations d’anciens combattants, et permettant un retour à la laïcité comme neutralité religieuse de l’Etat, mais manifestement rien n’a changé.

Rappelons que la séparation des Eglises et de l’Etat, qui a  pour fondement l’Egalité et la Liberté des citoyens, impose à l’Etat et à ses représentants, la neutralité. Au moment, où certains prétendent étendre cet impératif de neutralité aux usagers des services publics et renvoyer le Religieux dans l’espace privé (ce qui n’est pas conforme à la loi de 1905), on verra quelques traces de double langage dans le  maintien des offices religieux dans le cadre des cérémonies mémorielles de la République.

La laïcité, telle voulue par la loi de 1905,  garantit la liberté  de conscience et d’exercice des cultes de tous, dans et par la neutralité de l’Etat et de ses représentants.

 

invitation victoire 8 mai 45

Les Cinq de Roanne

L’ordonnance de la Cour d’Appel de Lyon du  23 avril 2014 met  fin à presque 4 ans de procédures contre les cinq  CGT de Roanne ; la chronologie de cette affaire manifeste le harcèlement que  ces syndicalistes ont subi.

L’affaire commence par les plaintes du député UMP Yves Nicolin pour «outrage» et du sous-préfet de Roanne pour «dégradation». Elle a continué avec le refus de prise d’ADN.

A l’occasion de la  manifestation  du 23 septembre 2010  sont tagués sur le sol de la chaussée et sur le mur de l’enceinte extérieure  de la sous-préfecture les slogans : «Casses toi, pauvre con» ;  fossoyeur des retraites… Cette manifestation est une des très nombreuses manifestations syndicales conte la «contre-réforme»  des retraites. L’importance de ces manifestations explique probablement l’acharnement qui va suivre et d’abord les plaintes .Cependant, le député Nicolin retire sa plainte fin mai 2011.

Le Tribunal correctionnel de Roanne relaxe  le 27 septembre 2011 les cinq  pour «outrages», les condamne pour «dégradation» à une amende de 2000 euros chacun. Le Tribunal maintient l’inscription  au casier judiciaire. Plusieurs d’entre eux étant membres de la fonction publique, la condamnation équivaut donc à la perte de leur emploi. La Cour d’appel de Lyon, par jugement du 19 novembre 2012, confirme la culpabilité mais les dispense  de peines et annule l’inscription au casier judiciaire.

Le 22 mai 2013, convocation pour prise d’ADN, aux fins d’inscription au fichier national automatisé des empreintes génétiques; les cinq ne se rendent pas à la convocation, estimant que la condamnation de la Cour d’appel les dispensant de peine les dispense aussi du fichage ; arrestation mouvementée (garde à vue) le 23, convocation au Tribunal de Roanne, le 5 novembre, relaxe le 17 décembre 2013, la garde à vue est déclarée illicite.

Le parquet général fait appel de la décision, le 31 décembre 2013. Demande d’irrecevabilité et  23 avril, ordonnance de non admission de l’appel.

Ces quatre ans ont été des années de lutte d’abord pour défendre des syndicalistes pour refuser la criminalisation du mouvement syndical. Autour de la CGT un comité de soutien très large a été créé dès septembre 2010. Le deuxième moment du mouvement a porté sur les fichages et en particulier sur le FNAEG.

La LDH a  pris sa place dans ce mouvement : présence régulière aux actions de ce comité, présence d’un représentant national au meeting de Lyon, devant la Cour d’Appel, et du président à la manifestation nationale organisée à Roanne le 5 novembre 2012.

APPEL DU COLLECTIF LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

La devise républicaine exprime les valeurs qui nous rassemblent : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Aujourd’hui, elle résume nos inquiétudes, nos refus, nos espoirs. Parce que les attaques contre notre bien commun se multiplient, parce que nous refusons la haine, nous, militants associatifs, syndicalistes, étudiants, lycéens, appelons tous les habitants de notre pays au rassemblement pour agir ensemble sur le terrain de l’égalité des droits et des libertés.

Inquiets, nous le sommes devant l’offensive qui s’amplifie contre ces valeurs : l’égalité entre les femmes et les hommes, l’égalité des droits quelle que soit l’orientation sexuelle des personnes, l’égalité des familles dans leur diversité. Inquiets nous le sommes toujours face à la croissance du chômage, des inégalités et des discriminations.

Inquiets, nous le sommes encore face à la spéculation financière qui rythme l’économie, déshumanise la société et la vie quotidienne.

Inquiets, nous le sommes plus que jamais face à l’offensive antirépublicaine qui s’accompagne d’une instrumentalisation de la haine et de la banalisation des idées d’extrême droite.

Cette situation dangereuse est aussi alimentée par des difficultés économiques et sociales croissantes, par des politiques qui nourrissent un sentiment d’injustice et d’abandon et par une succession de gouvernements qui depuis trente ans semblent indifférents et impuissants à résoudre les problèmes d’emploi, de justice sociale et d’urgence écologique. Dans un tel contexte, l’extrême droite multiplie les discours simplificateurs, les promesses abusives, et les solutions aussi illusoires que dangereuses.

C’est pourquoi nous appelons à faire barrage à la haine, à la xénophobie, à toutes les discriminations et à combattre les propos sexistes, homophobes, racistes, antisémites, aux discours anti-Roms, anti-musulmans.

Parce que la République est laïque dans sa constitution, nous refusons de voir banalisées les agressions contre la liberté de création et d’expression qu’elles visent la pédagogie, la littérature, le théâtre, le cinéma, ou Internet, la liberté de la presse et la liberté de pensée.

Nos espoirs naissent d’une conviction partagée. La crise économique, sociale, environnementale et démocratique que nous vivons appelle plus que jamais la solidarité de tous avec tous, la reconnaissance de l’égale dignité des personnes, notamment des plus pauvres, et la confiance dans les capacités de chacun de participer au nécessaire élan d’imagination collective.

Nos espoirs résident dans la construction d’un élan démocratique, au service de l’intérêt général, dans la réhabilitation de la morale publique en politique, dans notre volonté de faire vivre l’égalité et la justice sociale. Nos espoirs se tissent de ce que nous savons produire, créer, inventer et défendre chaque jour pour mieux vivre, pour « faire société », donner corps aux valeurs de la République.

Tous les jours, aux côtés d’une jeunesse engagée, nous avons des raisons d’espérer : elle passe à l’action, invente des solutions pour demain, met son énergie à construire de nouvelles manières de vivre et de faire ensemble.

Nous lançons un appel à la mobilisation pour agir, toutes et tous, sur le terrain de l’égalité des droits. Dans nos villes, dans nos quartiers et nos villages, faisons-nous entendre ! Nous sommes des millions à vouloir porter un coup d’arrêt aux entrepreneurs de haine et de peurs, soyons des millions à le dire.

Organisons les rencontres croisées de celles et ceux qui ont à cœur de faire vivre ces valeurs, de les défendre et de les promouvoir en France et en Europe. Ce printemps, durant l’été, au-delà, mobilisons-nous pour faire vivre nos idées, expériences et propositions autour de débats, de manifestations diverses pour peser dans le débat public et affirmer ensemble que la liberté, l’égalité et la fraternité sont plus que jamais les clés de l’avenir que nous voulons.

Un appel lancé à l’initiative de

Association de la Fondation Etudiante pour la Ville (AFEV) – Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active (CEMÉA) – Fédération nationale des FRANCAS – Ligue de l’enseignement – Ligue des Droits de l’Homme

Signé par

Des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire
Animafac, Association de la Fondation Etudiante pour la Ville (AFEV), Association française pour la lecture (AFL), Association nationale pour les Transports Educatifs de l’Enseignement Public (AnATEEP), ATTAC, Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active (CEMÉA), Confédération des Maisons des Jeunes et de la Culture de France (MJC), Conseil national des Associations Familiales Laïques (CnAFAL), Eclaireuses et Eclaireurs De France (EEDF), L’Economie sociale Partenaire de l’Ecole de la république (L’EsPEr), Fédération des Aroéven (FOEVEn), Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE), Fédération des Centres sociaux et socioculturels de France, Fédération des Conseils de Parents d’Elèves des Ecoles Publiques (FCPE), Fédération Française des Maisons de Jeunes et de la Culture (FFMJC), Fédération des Etablissements scolaires Publics Innovants (FEsPI), Fédération Générale des Pupilles de l’Enseignement Public (FGPEP), Fédération Initiatives des Femmes Africaines de France et d’Europe (Fédération IFAFE), Fédération nationale des Centres Musicaux ruraux (FnCMr), Fédération nationale des FrAnCAs, Fondation Copernic, Graines de France, Groupe Français d’Education nouvelle (GFEn), ICEM-Pédagogie Freinet, Itinéraire International, Jeunes Européens-France, Jeunesse au Plein Air (JPA), Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC), Le Mouvement de la Paix, Le Planning Familial, Les petits débrouillards, Ligue de l’enseignement, Mouvement français des réseaux d’échanges réciproques de savoirs FORESCO, Office Central de la Coopération à l’Ecole (OCCE), réseau national des Juniors Associations (rnJA), Union Française des Centres de Vacances et de Loisirs (UFCV), Union nationale Lycéenne (UnL), Union Peuple et Culture
Des associations de défense des droits et libertés et de solidarite
Association Laïque pour l’Education, la Formation, la Prévention et l’Autonomie (ALEFPA), Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens (APGL), Civisme et Démocratie (CIDEM), Fédération nationale des Associations d’Accueil et de réadaptation sociale (FnArs), Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Ligue Internationale contre le racisme et l’Antisémitisme (LICrA), Mouvement contre le racisme et l’Amitié entre les Peuples (MrAP), solidarité Laïque, sOs racisme, Union nationale des Associations Laïques Gestionnaires (UnALG), Union nationale pour l’Habitat des Jeunes (UnHJ)
Des organisations syndicales
Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT), Confédération Générale du travail (CGT), Confédération Paysanne, Fédération syndicale Unitaire (FsU), syndicat national des Associations Laïques Employeur du secteur sanitaire, social, médico-éducatif et médico-social (snALEss), Union nationale des Etudiants de France (UnEF), Union nationale des syndicats Autonomes (UnsA), Union nationale des syndicats Autonomes Education (UnsA Education), Union syndicale solidaires